« Inégalité pour tous », ze mouvie

Affiche Inegalite pour tousJ’ai enfin pu regarder le documentaire « Inégalité pour tous » diffusé sur Canal+ dernièrement. Pourquoi enfin? Parce que rien de tel que des articles de ce type pour éveiller ma curiosité :

Le film, qui s’emploie à démontrer les méfaits de l’ultralibéralisme, est efficace, didactique, drôle souvent sans jamais verser dans la démagogie.  (Rue89)

« Inégalité pour tous » c’est donc le doc du moment, dit comme étant le pendant économique du climato-alarmiste « Une vérité qui dérange » avec Al Gore. Film que j’avais apprécié avant d’apprendre que la majorité des données présentées dans ce film sont fausses ou du moins pas très rigoureuses et que question prédictions, ça s’est méchamment planté.
Méfiance désormais.
Ce film met donc en scène Robert Reich, dont la principale fonction aura été d’être ami et ministre du travail du président Clinton. A la manière d’une Master Class, il nous propose de montrer pourquoi il existe des inégalités de revenus et pourquoi elles sont si grandes aujourd’hui. L’ensemble est constitué de son histoire personnelle, de jolis graphiques à la mode (After effect?) et de séquences émotions à la Michael Moore.

Effectivement ce se regarde facilement, pas besoin d’être un expert pour suivre, mais son principal défaut, à mon humble avis, c’est de tomber dans le sempiternel travers de faire passer les conséquences pour des causes, et les causes comme des solutions aux problèmes.

L’essentiel de son argumentaire va reposer sur le graphique suivant, celui du pont suspendu, sur lequel il superposera d’autres graphiques ayant la même forme pour en fournir des conclusions

Ce graph est construit sur la base d’une étude de Piketty et Saez de 2003. (Piketty qui semble avoir des problèmes de comparaison entre les torchons et les serviettes).
Ainsi, il nous dit qu’à chaque fois que les inégalités de revenu ont été les plus grandes, s’en est suivi une belle crise des familles comme celle de 1929 et 2008. C’est tout.
Alors, ok, je veux bien qu’on vulgarise, mais pas omettre et réduire à ce point là. Forcément, dit comme ça, M’ame Michu ne peut que se dire : « Purée, c’est vrai, la cause des crises c’est l’inégalité et ces salauds de riches, la prochaine fois je vote pour Mélanchon ». Pour le coup, si c’est pas de l’idéologie, c’est quand même très démago.

Il aurait peut être pu juste développer un peu et dire que les politiques avaient décidé de se lâcher sur l’émission de monnaie. Donc non, ce n’est pas l’inégalité de revenu qui génère les crises, c’est l’intervention du gouvernement qui génère des inégalités artificielles. Et ça c’est certainement pas libéral, encore moins ultra, ou néo, ou turbo…
Ca n’est pas très compliqué à comprendre, ca prend 2 secondes et on induit pas les gens en erreur.

Plus tard, il nous montre que les classes moyennes ont de plus en plus de mal à boucler leur fin de mois, que le salaire moyen baisse et que le reste disponible devient ridicule parce que tout devient plus cher.
Pas un mot sur pourquoi ça devient plus cher. On en déduit que c’est forcément parce que les riches prennent une plus grosse part du gâteau. CQFD

Passons l’épisode où il dit que lorsqu’il était aux affaires avec Clinton c’était vachement mieux…

Lorsqu’il évoque le boom immobilier, il ne dit pas que l’État fédéral a permis à des milliers d’américains de s’acheter une maison sans en avoir les moyens. Évidemment que ça a créé une bulle, évidemment que ça a fait monter les prix, évidemment que certains se sont remplis les poches et évidemment que ça a fini par une crise. C’était de la croissance artificielle.

Les bénéfices de la mondialisation sont à peine évoqués. Certes les délocalisations sont un drame pour ceux qui perdent leur emploi mais quid de tous ceux qui en ont trouvé un dans les pays pauvres, là où il n’y a pas d’eau courante, de toilettes, d’éducation. Ceux là ont pu améliorer un tant soit peu leur condition, même si c pas glorieux. Cette inégalité là ne compte pas? Seule compterait celle des travailleurs américains ?

 

C’est finalement au bout d’une heure qu’on entrevoit une lueur d’espoir. J’en suis même venu à me demander si c’était bien le Robert Reich de tout à l’heure, où bien je n’ai rien compris.
Il évoque alors les niches fiscales, le renflouement des banques, les avantages accordés aux millionnaires et le lobbying. Le lobbying courant comme le financement des partis et des candidats. C’est LE fond du problème des inégalités démesurées mais ce n’est absolument pas libéral, bien au contraire, c’est du capitalisme de connivence.
C’est là où je ne le trouve pas cohérent puisque ce sont des méthodes qui comportent un risque pour la démocratie. Ce qui est vrai, sauf que c’est la démocratie qui engendre ces comportements.
Par le vote, nous donnons pouvoir, il faut alors accepter le fait que malgré toutes les interdictions et règlementations, il y aura toujours des personnes qui useront de tous les moyens pour en tirer bénéfice. L’erreur est de croire qu’en donnant le pouvoir à des « gens bien », tout ira bien.

Dans l’ensemble, les vingt dernières minutes sont plutôt optimistes, car finalement, pour changer les choses cela passe par la coopération individuelle, que les acteurs du changement c’est nous, tous ensemble.

 

ps: je viens de voir que ce film est en partenariat avec rue89 😀

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