Dans la tête d’un maître procrastinateur

La procrastination. S’il y avait une élection du mot le moins élégant, il serait sûrement sur le podium.

Selon la définition de notre encyclopédie collective :

La procrastination (du latin pro, qui signifie « en avant » et crastinus qui signifie « du lendemain ») est une tendance à remettre systématiquement au lendemain des actions (qu’elles soient limitées à un domaine précis de la vie quotidienne ou non). Le « retardataire chronique », appelé procrastinateur, n’arrive pas à se « mettre au travail », surtout lorsque cela ne lui procure pas de satisfaction immédiate. (Wikipédia)

Je trouve cette définition réductrice et un peu péjorative (genre « c’est une grosse feignasse) alors que la procrastination est un comportement aux composantes complexes, parfois très invalidantes et souvent incompréhensible de l’entourage.

Lors d’une conférence TED de février 2016, Tim Urban, auteur du blog Wait But Why, nous fait part de sa vision de la procrastination et émet une hypothèse sur les différences cérébrales entre un non-procrastinateur et un procrastinateur.

Malheureusement, amis non anglophones, les sous titres français ne sont pas encore validés à l’heure où j’écris ce billet, je vais donc tenter de retranscrire son intervention. Des sous-titres anglais sont dispos.

Pour résumer, les cerveaux du non procrastinateur et du procrastinateur sont tous les deux équipés d’un décideur rationnel. C’est le chef, il est à la barre et décide de ce qui doit être fait.
Chez un procrastinateur, on note une subtile différence. Le capitaine du bateau n’est pas seul et est accompagné du Singe de la Gratification Instantanée.

Alors que le décideur rationnel aura décidé de faire quelque chose de productif, le singe du procrastinateur va le dégager et prendre en main le gouvernail pour au choix et non exhaustivement, aller voir dans le frigo si quelque chose n’a pas changé depuis les 10 dernières minutes, s’enfoncer dans une spirale youtube jusqu’à regarder des vidéos d’interviews de la mère de Justin Bieber ou plonger dans les limbes de Wikipédia.
Ce singe n’a aucune notion du passé ou du futur, seul le moment présent compte, et ce moment doit être simple et amusant. Rien ne fait peur au singe, le décideur rationnel n’a plus qu’à attendre qu’il veuille bien s’en aller.

Si parfois, le décideur et le singe sont en accord, ils sont le plus souvent en conflit et le procrastinateur se retrouve le plus souvent dans le « Dark playground ». Un endroit fun mais dont l’air est rempli de honte, culpabilité, doutes, anxiété, mauvaise estime de soi…

Heureusement, le procrastinateur a un ange gardien, le Panic Monster. Le Panic Monster dort la plupart du temps et ne se réveille qu’au moment des échéances si la situation devient trop dangereuse: risque professionel, embarras public… La seule chose qui fait peur au singe c’est lui. Le singe, terrifié, fuit, le décideur rationnel peut reprendre la barre et faire ce qui doit être fait.

À la fin, si ce qui doit être fait est fait, où est le problème?

Cela devient, ou est, un problème dans toutes les situations où il n’y a pas d’échéances. Qui dit, pas d’échéances dit, pas de Panic Monster. Conclusion, Monkey wins !!
Ces situations sans échéances peuvent être des projets personnels, faire du sport, voir la famille, prendre rdv chez un médecin, s’occuper de ses relations ou sortir d’une relation qui ne fonctionne pas, etc, une infinité possible.
On parle alors d’une procrastination de long-terme, Tim parle de deux types de procrastination. La petite procrastination amusante et stimulante fait place à une autre, plus silencieuse, plus intime, source de regrets, de malheur, de mal-être. Ces procrastinateurs là deviennent spectateurs de leur vie au lieu d’en être acteurs, incapables d’atteindre leurs rêves car incapable de se lancer à leur poursuite.

Voici un article de son blog qui reprend le contenu de cette présentation

Ah, un monstre rouge approche, je vous laisse !!

En vous souhaitant.